19 janvier 2017

Wolf Hall (Dans l'ombre des Tudors) - série BBC 2015


Minsérie de 6 épisodes, réalisée par Peter Kosminsky.

D'après les romans "Dans l'ombre des Tudors" : "le Conseiller" et "le Pouvoir", d'Hilary Mantel

Avec Mark Rylance (Thomas Cromwell), Damian Lewis (Henry VIII), Claire Foy (Anne Boleyn), Bernard Hill (Le Duc de Norfolk), Tom Holland (Gregory Cromwell), Jonathan Pryce (le Cardinal Wolsey), Anton Lesser (Thomas More), ...

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Thomas Cromwell, discret mais redoutable avocat, est au service de l'influent Cardinal Wosley. Mis en disgrâce car celui-ci échoue à obtenir auprès de Rome l'annulation du mariage d'Henry VIII avec Catherine d'Aragon, Thomas Cromwell, demeuré dans l'ombre, attend son heure... Peu à peu, grâce à une intelligence redoutable et une efficacité peu commune, il se hisse au plus haut niveau du pouvoir, devenant le conseiller le plus influent et le plus craint d'Henry VIII.

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J'ai longtemps attendu avant de visionner cette série, trop longtemps dirais-je, car je pense qu'il s'agit là d'un pur chef-d'oeuvre. Malgré l'ambiance quelque peu somnolente de la réalisation , probablement en raison d'une quasi absence de bande originale, baignant les 6 épisodes de plus d'une heure d'une atmosphère plutôt hypnotique, elle est l'une des séries historiques les plus intelligentes et les plus abouties que j'ai pu voir ces dernières années. Bien que cette série peut évoquer par son contexte "Les Tudors", série bien plus populaire, on est loin, bien loin de son contexte sulfureux et de ses extravagances. Dans Wolf Hall, le personnage central n'est pas Henry VIII, qui n'apparaît qu'en second plan, mais bien Thomas Cromwell, cet homme posé, imperturbable, d'une allure froide et effacée, qui patiente, manoeuvre, menace, élimine les importuns avec cette même mesure déférente qui à la fois fascine et glace. Si le personnage peut paraître de prime abord un peu fade, tant il parle bas, tant il semble ne pas vouloir faire de vague, je pense qu'il ne s'agit que d'endormir la vigilance de tous, y compris celle du spectateur. En effet, sans apparaître clairement retors, Cromwell n'en est pas moins un ambitieux, même si au bout des six épisodes, il demeure toujours aussi indéchiffrable qu'à l'ouverture de la série. Il est l'archétype de l'éminence grise, celui qui n'élève guère la voix, ne se montre jamais et s'efface volontiers, mais qui s'avère être plus influent que le souverain qu'il sert.

Thomas Cromwell (Mark Rylance)

L'opposition visuelle, intellectuelle, entre Henry VIII, campé par Damian Lewis, et le Cromwell de Mark Rylance est d'ailleurs ce qu'il y a de plus intéressant dans "Wolf Hall". Ce roi inconstant, volage, tapageur, offre un contraste saisissant avec ce conseiller toujours en retrait et plongé dans d'énigmatiques postures, qui font autant trembler la cour que les caprices du monarque. 

Henry VIII (Damian Lewis) avec sa fille, la future Elizabeth Ière...

Du reste, cette série foisonne de personnages satellites, qui vont et viennent, apparaissent et disparaissent au gré des humeurs changeantes d'Henry VIII. Parmi cette impressionnante galerie, on note la prestation tout à fait splendide de Claire Foy en Anne Boleyn, ambitieuse et manipulatrice, qui finira par elle aussi tomber en disgrâce lorsque, incapable elle aussi de mettre au monde un héritier mâle - ce qui ne l'empêcha pas de donner naissance à l'une des plus grandes reines de l'histoire, Elizabeth Ière - et, comme ce fut le cas de Catherine d'Aragon (elle aussi mère d'une future reine, Mary Tudor) qui elle, put se contenter d'une relégation - Anne Boleyn, refusant d'être répudiée, fut exécutée à la Tour de Londres, à l'instigation de Cromwell, qui fut autrefois l'un de ses appuis... 

Anne Boleyn (Claire Foy)

Au milieu de ces complots et de ces disgrâces, toujours ce conseiller redoutable, qui se retranche derrière son absolue servitude à la couronne, pour commanditer les pires actes. Il n'est pas rare de voir Cromwell, sous cette attitude toujours si tranquille et révérencieuse, tourner le dos à ceux qui l'a favorisé, quitte à renier ses propres convictions. L'un des points forts de l'interprétation de Mark Rylance est de parvenir, malgré cette attitude, à ne pas susciter totalement l'antipathie. A vrai dire, il est très difficile de le haïr totalement, puisque ceux qui tombent sous ses coups ne sont jamais totalement des innocents. Cependant, il a ses doutes et probablement une conscience, que des regards lointains laissent parfois entrevoir. On peut penser notamment aux dernières images de l'ultime épisode, lorsqu'il considère dans une attitude songeuse et grave l'échafaud qui vient de voir monter Anne Boleyn, comme si un sombre pressentiment venait de le traverser... 

L'exécution d'Anne Boleyn, à la Tour de Londres

On comprend parfaitement à ce moment que Cromwell sait pertinemment que son rôle de Conseiller auprès d'Henry VIII ne le met pas à l'abri de ses caprices, bien au contraire. Il jouera ce jeu avec toute l'intelligence dont il peut faire preuve, mais il sait que celui qui est indispensable aujourd'hui ne le sera sans doute plus demain... On le voit d'ailleurs également fort bien lors de la disgrâce de Thomas More (magistral Anton Lesser), lui aussi exécuté parce qu'il refusait de cautionner l'autorité du roi en matière de religion, dont Cromwell avait soigneusement mis en place la réforme par d'habiles manipulations juridiques. Cromwell et More s'estimaient et se détestaient tout à la fois. More était un Chancelier d'exception, un homme d'une rare érudition, mais surtout un grand humaniste avec des principes très arrêtés. C'est en démissionnant d'abord, puis en refusant de se plier aux injonctions de Cromwell qui ne souhaite que sauver sa tête, qu'il sera exécuté. More, autrefois porté aux nues, est tombé, et le conseiller sait très bien qu'un jour, son tour viendra. Son unique but sera peut-être d'en repousser le plus longtemps possible l'échéance... 

Thomas More, le Chancelier tombé en disgrâce (Anton Lesser)


Alors certes, ce n'est pas une série légère, ni visuellement éblouissante. Elle se glisse si bien dans les coulisses de la cour dans ce qu'il a de plus abject qu'elle en est inévitablement sombre et pesante. Non seulement, elle est intelligemment construite, mais elle permet encore d'éclairer le spectateur de manière magistrale sur les inavouables revers du pouvoir... 

Du reste, les romans, écrits par Hilary Mantel, dont est issue la série sont tout aussi passionnants et existent au format poche dans la collection Pocket:

       



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